Voici mon témoignage tel que je l'avais écrit sur un forum gay. J'ai pensé que le remettre sur onequeer ne serait vraiment pas de trop. Il a été écrit il y a un an, alors que je vivais avec mon premier copain. J'ai aujourd'hui 24 ans, et je suis heureux de ma situation.
Je suis sincèrement indigné par le comportement certains parents, ils réagissent comme si l'homosexualité était une maladie!
Il est peut-être temps de vous raconter ma situation?
Quand m'en suis-je réellement rendu compte? Je pense que la puberté n'y est pas pour rien... Je dirais vers mes 14 ans, quand la voix est déjà enrouée comme si j'avais fumé des cigares depuis le berceau, après quelques petites expériences sans grande portée sentimentale avec des individus de la gent féminine, je commence à avoir de drôles de réactions quand je vois de beaux garçons. Réactions réprimées pour commencer bien sûr. Refoulement. Dès que j'entrevois un beau visage, masculin, je détourne le regard. Avec la rage contenue de ne pas pouvoir le regarder plus longtemps, par peur de me faire taxer de tantouze.
Ce refoulement a duré longtemps. Mais j'ai appris à la longue à regarder sans me faire voir, et j'y trouvais quelquefois (combien rares!) mon plaisir.
Et quand je dis longtemps... C'est seulement lors de mes études universitaires que je commence à m'assumer, mais c'est très ténu. Devinez sur quel site je me suis inscrit d'abord, il y a trois ans de cela: le célébrissime Rendez-vous... Je cherchais "Indifférent" pour "Divers": tout un monde de possibilités!
Et voilà qu'un gars m'aborde, vers mi-avril, avec un message qui m'invite à faire connaissance. Son profil me plaisait, et je parviens enfin à accepter qu'un mec puisse me plaire.
La ronde des messages commence. Les sms. Il me demande "Que cherches-tu exactement sur RV?" Et là je déballe tout. Et il me répond, avec des mots gentils. Ca vous est déjà arrivé de claquer 10¤ en une soirée, rien qu'en sms? C'est dingue comme on peut s'attacher à ces engins de communication.
Après (ou pendant?) les examens de juin, je lui propose qu'on se voie, simplement pour boire un verre. Il a n'a pas voulu tout de suite. En fait, depuis ce jour, depuis cette proposition de se voir, les messages ont diminué en chaleur, en fréquence. Au mois de septembre, il me propose qu'on échange des photos. Emporté par la joie d'avoir enfin de ses nouvelles, je n'hésite plus. Je lui envoie la mienne. Depuis ce jour, il ne m'a plus jamais rien envoyé. Il a une photo de moi, mais j'ai rien de lui. Il a de la chance que je ne l'aie pas trouvé, je lui aurais volontiers cassé le nez!
Entre-temps, deux de mes meilleures amies ont eu l'honneur de mon coming-out.
L'une l'a accepté tout de suite, "Que tu sois homo ou non, Tu restes le même." L'autre m'a posé mille questions, du genre "Tu es sûr? Que font des homos ensemble?" Elle ne voulait pas parler de ce qu'ils font dans l'intimité, mais dans la vie de tous les jours, et je dois avouer qu'à l'époque, j'avais du mal à trouver les réponses, vu que je n'avais encore aucune expérience!
Vous imaginez ma grande désillusion et ma colère toute contenue lorsque je n'eus plus de nouvelles de ce type de RV. Celle qui m'a questionné demandait des nouvelles, j'ai fini par lui dire que je ne voulais plus entendre parler de ce type, ni de ma sexualité. Et j'ai ignoré le site RV depuis lors.
De nouveau un refoulement. Ca a encore duré deux ans. Deux ans à observer les gens autour de moi, surtout les hommes. Je dois dire qu'à Bruxelles, et en particulier sur le campus, il y avait de ces canons!... Deux ans encore à refuser mon identité.
Pendant un an, j'ai côtoyé un ami qui le restera pour toute la vie, tant on a partagé d'émotions. C'est un étudiant Erasmus, de Barcelone, avec qui je parlais beaucoup, et on étudiait ensemble pendant les examens. Il était particulièrement charmant, et ce qui me frustrait, c'était son penchant très fort pour les filles. Il trouve que nos petites belges sont bien plus mignonnes, plus belles, voire plus chaudes que chez lui... J'ai fini par lui parler. Il sentait que quelque chose ne tournait pas rond chez moi, et il le sentait de manière croissante. A un point que tous les jours, il me demandait ce que j'avais.
J'ai donc fini par lui dire. Le premier mec à qui je l'ai dit de vive voix. Et qui plus est, un type dont j'étais presque amoureux. Il m'a dit que je devrais me laisser aller, courir à la rencontre des gens, parler avec eux, découvrir ceux qui pourraient être comme moi. Car le vrai problème, à l'époque, c'est que je ne connaissais PERSONNE dans la même situation que moi. Je l'ai écouté. J'étais dans le vague. Mais je n'ai pas réagi tout de suite, examens obligent.
Puis c'est la fin des exams, et mon meilleur ami catalan part. Je craque, je me sens terriblement seul, je vais chez une amie d'athénée avec qui j'ai gardé le contact, et j'ai tout déballé. Nouveau coming-out. Je commence à avoir l'habitude...
Et là, elle m'emmène sur Internet, et me crée un profil sur... RV! Ceci, c'est très récent, ça date de début juillet 2004. J'avais 22 ans... Et pas encore goûté à ce pour quoi la vie vaut la peine d'être vécue.
J'attrape quelques contacts. Je chatte un peu sur MSN avec l'un, avec l'autre. Puis un type me propose de se voir... Il a presque quarante ans. Je n'en étais pas amoureux, mais je voulais rencontrer quelqu'un qui s'affirme gay et parler avec lui. J'accepte. Bien m'en prit: il est maintenant un ami sur qui je peux compter. Je lui ai raconté tout ce que je viens de vous écrire jusqu'à présent. Il m'a corrigé: "Tu n'as rien à AVOUER, ce n'est pas un crime!" "Okay, disons que c'est plutôt un secret, que je dois confier à ceux à qui je fais confiance".
Je fais d'autres rencontres "physiques", c'est-à-dire autour d'un verre. Et bientôt je trouve mon homme, celui qui fait aujourd'hui battre mon coeur. Fin juillet.
Entre-temps, et depuis lors aussi, j'en parle un peu autour de moi, je fais mon coming-out à des amis qui comptent pour moi. Et tous m'ont répondu à peu près la même chose: "C'est drôle, on aurait jamais cru que tu le sois, mais si tu l'es, tu restes le même pour moi."
Aujourd'hui, avec le recul, j'ai un seul regret; ne pas l'avoir fait plus tôt. Parfois, une amertume me prend à la gorge, quand je fais défiler tous ces profils de 17-18 ans qui filent déjà le parfait amour... Si cet Espagnol n'avait pas croisé mon chemin, serais-je encore ce type aux obsessions refoulées, à la limite du timoré?
Mais aujourd'hui, je me pose beaucoup de questions quant au plus dur: si j'ai déjà fait mon coming-out avec des amis, qu'en sera-t-il de ma famille?
Ma mère, que j'aime beaucoup, a des opinions quelque peu définitives sur la chose, quand les sujets de l'actualité abordaient le mariage ou l'adoption. Elle émet son avis de manière si ferme, qu'elle m'en fait presque peur. Comment lui dire que son fils, seul et unique, fait partie de ces gens qu'elle critique si durement. Je crois que mon beau-père s'en doute, car il a repéré quelques traces des sites Internet un peu explicites sur la chose. J'ignore s'il l'a dit à ma mère, mais si c'est le cas, sans doute attend-elle que je le lui dise.
Mon père quant à lui, je ne sais comment le prendre. A vrai dire, je n'ai jamais eu de discussion très sérieuse sur ma vie affective avec lui. De plus, il est d'éducation catholique, et même s'il ne va plus à l'église le dimanche et s'il ne chante plus à la chorale, je suis convaincu que les bribes de la Bible parlant de Sodome et Gomorrhe ne sont pas sans signification pour lui. Ceci dit, je préfère attendre la fin de mes études, c'est-à-dire juin prochain, pour faire mon coming-out, et cesser de me cacher aux yeux de ceux qui m'ont vu grandir. Parce que c'est le jour symbolique du départ, de la prise d'envol pour une vie active ... et épanouie. Je ne veux pas leur laisser l'espoir d'un quelconque mariage heureux. Ce sont mes grands parents qui vont sans doute en prendre un coup, mais si ça doit faire mal, que ça le fasse maintenant.
Je vis à présent tous les jours dans l'appréhension de ce moment fatidique. "Maman, je suis gay." Quand vais-je lâcher ça? Comment?
Mais cette appréhension n'est pas trop étouffante, car j'ai mon homme, je l'aime et j'en suis très heureux. On a déjà fait beaucoup de choses ensemble, des voyages entre autres, on est comme un vieux couple, et cette solidité me redonne confiance. Et quelque part, je me dis: Zut! Mes parents n'ont pas leur mot à dire quant à ma sexualité. Ce n'est pas eux qui aiment à ma place. Je suis majeur et vacciné, et donc j'assume toute la responsabilité de mes choix.
Quelques uns parmi vous ont conclu que le coming-out est une affaire de choix personnel: on le fait ou on ne le fait pas, c'est une question d'équilibre avec sa propre conscience. Ma conscience est axée sur une valeur dont j'aurai beaucoup de mal à me défaire: la vérité. Mes parents doivent savoir, et se débarrasser de toute illusion quant à ma vie privée.
Jusqu'à présent, tout le monde a été beau, tout le monde a été gentil. Mais je ne me fais pas d'illusion pour le reste. L'ouragan n'est pas encore passé, les fondations du bien-pensant vont trembler chez moi.
Surtout, je veux encourager ceux qui sont jeunes et qui doutent encore que le bonheur soit possible: oui, il est possible, car il ne tient qu'à nous d'être heureux. Même si le contexte de vie n'en offre pas beaucoup de possibilités.
Le regard des autres, et en particulier des inconnus, n'a absolument aucun droit sur notre intimité.
Quant à ceux qu'on aime (amis et famille), il est sans doute nécessaire de leur dire, car on partage inévitablement une tranche de vie avec eux.
Pour qu'enfin, celui qu'on aime tout court (ou tout plein pour ceux qui préfèrent) puisse partager le bonheur, sans devoir le cacher, ni mentir.